Des rôles sociaux et environnementaux de la végétalisation urbaine

Etat des lieux des pratiques urbaines du végétal et de leurs rôles sociaux et environnementaux.
Le thème de la réinsertion du végétal dans l’urbain croise en fait de nombreuses problématiques, à la fois écologiques et sociales. C’est une évolution pas seulement souhaitable mais nécessaire. Par exemple, l’étalement urbain croît avec l’augmentation de la population. Il en résulte une concurrence avec les espaces agricoles et naturels qui eux aussi, sont limités. Par ailleurs, cet étalement urbain, en favorisant le phénomène de ruissellement et la concentration des eaux pluviales, donne lieu à toujours plus d’inondations. En outre le réchauffement climatique a notamment pour corollaire l’augmentation de l’intensité des aléas, notamment des fortes pluies. Par ailleurs, la densité urbaine prônée en France par les politiques de la ville afin de limiter l’étalement urbain est aussi une cause d’accentuation des dégâts d’inondations, et des ilots de chaleur urbains (ICU). Ce phénomène se traduit par une augmentation d’environ 5°C dans les zones bâties denses, par rapport à la périphérie de la ville. Ces ICU commencent notamment à poser de sérieux problèmes l’été dans les villes méditerranéennes.
L’insertion du végétal dans les villes, selon la manière dont elle est faite, sa quantité, et les propriétés des espèces choisies, permet dans une certaine mesure d’apporter des réponses à plusieurs de ces problématiques. Mais plus que d’apaiser certains problèmes, il couvre en fait un champ d’impacts environnementaux et sociaux relativement vaste.
Notamment, pour ses fortes propriétés de captation : captation du CO2 permettant de limiter le réchauffement climatique, captation de divers polluants comme des métaux lourds et des particules fines PM10, captation des eaux de pluie limitant l’écoulement et le cas échéant l’inondation. L’évapotranspiration des végétaux, en dégageant de l’humidité permet de réduire les effets d’ICU. Les arbres provoquent un ombrage qui protège les bâtiments du vent et du rafraichissement. Selon certaines études, la présence des arbres en villes, en régulant la température peut réduire de 25% la consommation d’énergie destinée au chauffage ou à la climatisation des bâtiments.
En outre, la présence des végétaux en ville favorise la biodiversité et par extension tous les services écosystémiques rendus par celle-ci. Notamment, les abeilles décimées par les intrants chimiques du monde rural agricole peuvent partiellement trouver refuge dans les villes fleuries, y produire du miel et assurer leur rôle de pollinisation vital à l’espèce humaine.
Moins célèbres car moins étudiés mais tout aussi importants, les rôles sociaux de la végétalisation sont considérables en termes relationnels, esthétiques, psychologiques, sanitaires et mêmes économiques.
D’abord, le succès des Community Gardens aux Etats Unis puis des jardins partagés urbains en France depuis les années 1990 traduit l’intensité du désir social de jardiner ensemble dans les villes. Il est avéré que ces initiatives citoyennes créent du lien et des solidarités entre voisins. D’ailleurs le succès de leur rôle social et psychologique est tel qu’on a inventé les jardins d’insertion en zone périurbaine pour favoriser l’intégration de personnes en situation d’exclusion, de difficulté sociale ou en réadaptation professionnelle.
Entre autres choses, les rôles d’ordre esthétique des végétaux en ville ne doivent pas être sous-estimés. Les murs végétalisés rallongent visuellement l’espace. Le bruissement du vent sur les feuilles créé un son apaisant et qui couvre les autres bruits de la ville comme c’est le cas à dessein des bambous de la Tower Flower d’Edouard François. Les végétaux sont utilisés autour des autoroutes afin de couvrir le bruit des automobiles. Des grandes haies peuvent isoler la chaussée des habitations, or elles ne couvrent pas techniquement le bruit des voitures mais en y ajoutant le bruissement des feuilles au vent et la barrière visuelle, la sensation de distance avec la route est réelle et efficace.
On doit également citer les études toujours plus nombreuses sur le sujet des bienfaits psychologiques et physiques globaux de la présence végétale en ville sur les citadins. Qu’il s’agisse d’études épidémiologiques sur la contraction de maladies, sur la longévité, ou encore sur le stress, toutes concordent sur les bénéfices des jardins urbains pour la santé humaine.
Enfin, dans le cas les végétaux vivriers, on doit évidemment évoquer l’aspect économique qui est d’ailleurs l’une des causes premières des initiatives de jardins partagés. Plus que simple processus de pousse et d’accompagnement de la plante, il s’agit là d’une production commune de biens matériels comestibles qui sera éventuellement partagée et/ou célébrée par la consommation collective et conviviale des fruits de ce travail, renforçant les bienfaits relationnels et économiques de la végétalisation.
En définitive, la végétalisation des villes est un phénomène tellement vaste et transversal qu’on ne saurait énumérer tous ses impacts positifs en prétendant à l’exhaustivité. D’abord, parce que comme souvent en écologie, ces impacts sont interconnectés et on ne peut donc les considérer indépendamment les uns des autres. Ensuite parce que le cadre urbain de cette végétalisation implique des données supplémentaires, notamment sociales, qui augmente la complexité et le champ du phénomène.
Pour conclure sur cette prodigieuse opportunité qui s’offre à la ville contemporaine, si toutefois nous la saisissons intelligemment, actons que les services écosystémiques des végétaux sont démultipliés dans le cadre urbain car ils permettent de répondre à la fois aux problématiques physiques des systèmes urbains aussi bien qu’aux affres sociaux qu’ils génèrent.
Thélème Auzonne

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